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Je n'ai pas beaucoup de récits de belles plongées dans les mers du sud, eau claire et sable chaud..

Celle là, devrait quand même vous distraire ? Avec une photographie de l'auteur à 20 ans...

 

Une plongée professionnelle en Scaphandre Commeinhes

 

Georges COMMEINHES naît à Paris en 1911.

Fils d’un petit entrepreneur possédant un atelier de mécanique, il est très jeune un passionné de Chasse sous marine.

Il va vouloir aller plus loin. À 26 ans, il transforme un appareil respiratoire autonome de surface destiné aux sapeurs pompiers en appareil de plongée. Nous sommes en 1937.

Ce matériel est présenté au ministère des armées et agréé au titre du RC. 35 Amphibie.

Il décide d’améliorer ce premier scaphandre et dépose un second brevet le GC 42.

Cet appareil est caréné et comporte deux bouteilles de 3 ou 4 litres. L’air comprimé à 150 k est distribué par un détendeur à membrane, au travers d’un masque facial.

Avec cet appareil novateur il va faire une plongée à Marseille à la profondeur de 53 mètres le 30 juillet 1943. Assistent à cet essai des représentants de notre Marine Nationale, mais aussi ceux de la Kriegsmarine Allemande. Soit sensiblement un mois après la première plongée de Cousteau, Taillez et Dumas à Bandol en juin de la même année.

Lors de la Libération de Paris, Georges COMMEINHES va s’engager dans la 2ème DB.

Il sera tué, par un sniper allemand, dans son Sherman « Austerlitz », devant Strasbourg, alors que son chef de char lui disait apercevoir les tours de la cathédrale.

 

Je n’avais pas 20 ans quand Membre du Clan Claude Sommer des Routiers Éclaireurs de France, André Galerne notre ami et Président de la SGTMF qu’il vient de créé, m’emmène avec lui et autre plongeur au Lac d’Issarlès dans la Loire.

Nous sommes en 1953, et EDF est en plein programme de construction de barrages hydrauliques. Le lac d’Issarlès doit servir de réserve pour les ouvrages de la vallée de Montpezat voisine. Mais il y a la montagne entre les deux, donc l’obligation de percer une galerie qui va arriver à – 40 mètres dans le Lac.

Les ouvriers qui vont effectuer le forage de la dite galerie sont des artificiers des Espagnols. Rappelons que nombre d’entre eux, sont des familiers de la dynamite qu’ils ont largement utilisée lors de la guerre d’Espagne. Ils ont trouvé refuge en France où ils nous font largement profiter de leurs connaissances pyrotechniques sur les chantiers de travaux publics.

Ce sont des gens sérieux, mais motivés par des primes sur l’avancement de la galerie. Les charges mises en place sont certainement calculées avec une majoration permettant un avancement plus rapide. Seulement dans ce terrain quelquefois humide, il est nécessaire, afin de ne pas voir la galerie subitement inondée d’injecter du mortier dit Colcrete. Des lances d’injection réparties au fur et à mesure consolident le dit terrain.

Le laser n’existe pas à cette époque pionnière et seul le décamètre à ruban et une solide boussole permettent de situer l’extrémité des travaux par rapport au lac qui rappelons le, est à un niveau de 40 mètres plus haut.

Où cela devient grave, alors que l’on se sent proche de la fin et qu’il faudra bien calculer son coup, pour tirer la dernière volée, qu’un problème de taille se manifeste.

Les lances d’injection de colcrete n’ont plus de pression et un train entier de ce matériau disparaît. Où est-il passé ? Question cruciale que ne manquent pas de se poser les ingénieurs de l’EDF et de l’entreprise adjudicataire des travaux…

Ou le Colcrete est parti dans une poche du terrain et c’est grave si elle s’ouvre d’un seul coup. Ou alors, beaucoup plus certainement, nos artificiers galiciens qui n’ont pas chômé et qui n’ont pas pleuré sur la dynamite ont progressé plus vite que prévu…

En fait où en sommes nous ?

La question va être posée à André Galerne et à ses hommes grenouilles de la SGTMF, dont je suis.

Elle est simple :

-        « Messieurs, vous allez plonger à 40 mètres le long de la paroi rocheuse et nous dire ce qu’il en est » ?

Qu’en termes choisis ces choses-là sont dites ! L’ingénieur, chef des travaux, lui est inquiet. Ce pour trois raisons :

 

  • la première parce qu’il craint de voir la galerie s’ouvrir sans crier gare et inonder son chantier

 

  • la seconde parce que son chiffre d’accidents du travail est déjà élevé et dépasse la cote d’alerte…Alors se voir arriver de jeunes adolescents, portant bien haut (et souvent ils en abusent) leur titre d’Hommes Grenouilles n’est pas fait pour le rassurer. Et pour descendre à 40/50 mètres en plus, en gros la hauteur d’un immeuble de 6 à 7 étages. Les Hommes Grenouilles en 1953, attention, le Monde du Silence n’est pas encore paru dans les salles de cinéma. Quand à la télévision elle est dans les limbes. Les films projetés du type ‘Les Hommes grenouilles attaquent » production américaine sont à l’affiche. On y voit de braves plongeurs américains s’étriper joyeusement, le couteau et l’embout entre les dents avec d’affreux japonais…qui frappent dans le dos, normal ! Ces hommes grenouilles tous des têtes brûlées devaient se dire nos employeurs…Dans un autre genre ils est possible d’admirer les charmes très légèrement dénudés (par rapport à aujourd’hui) de la belle Jane Russel dans la superproduction ‘La Vénus des Mers Chaudes » Titre prometteur que les plongeurs facétieux de la SGTMF inversaient en « Chaude Vénus des mers » ce qui avait une autre consonance. Par contre le peu de sérieux de cette imagerie se voulant artistique ne rassurait pas les cadres de l’EDF de plus en plus dubitatifs.

 

  • La troisième raison d’inquiétude venait du matériel utilisé. Ce n’était pas les bandes dessinées de « Tintin et Milou » qui eux néanmoins bénéficiaient d’une belle présentation, mais nous n’en étions pas loin. Les vêtements de plongée évoluaient entre les premiers Volume Constant en toile argentée garantie étanche et qu’il l’était rarement et les tenues Tarzans en Caoutchouc mousse. Le néoprène, lui, apparaîtra 10 ans plus tard. Quand au Scaphandre, nous allons y arriver. Nous devions posséder un ou deux bibouteilles Cousteau bi-ogivals et surtout pour ce chapitre dédié au COMEINHES un GC 42 de cette noble marque. Nous nous en étions déjà servis et l’on s’était rendu compte que respirer dans le masque posait problème. Il fallait régler le détendeur avec une vis pointeau. Si l’on serrait trop fort c’était la tempête, et une autonomie largement déficitaire. Si l’on ne serrait pas assez, il fallait faire un effort musculaire d’absorption thoracique important. Et là le masque, c’était la ventouse continuelle. On sortait avec des traces bleues et les yeux exorbités.

 

Tout ceci n’était pas fait pour nous inquiéter. Moralement formés par André Galerne qui s’il n’appréciait pas toujours nos plaisanteries, racontait à tous nos clients futurs que :

-        « Nous étions les meilleurs et leur seule planche de salut ! »

Alors nous sommes descendus le long de la falaise immergée et là…nous avons vu les cannes d’injection, qui avaient percé la paroi rocheuse et répandu le colcrete dans le lac. Il s’était formé sur les hampes des lances de longs et larges festons, des drapés « du plus bel effet » disions-nous aux ingénieurs, qui n’appréciaient pas comme il se doit, ces descriptions poétiques dans nos rapports. Encore que sur le plan poésie notre formation s’arrêtait là. Notre bagage qui comportait de solides réussites au certificat d’études primaires, ne nous permettait pas des citations de Verlaine ou de Baudelaire.

Il faudra attendre d’autres impétrants à notre profession pour que l’un d’entre eux nous rappelle que le « Scaphandrier Libre pouvait chérir la mer »

Ce qui nous laissa complètement froid !

Nous avions avec nous pour appuyer nos dires, car qui aurait pu les vérifier, du matériel photographique. Là encore, nous eûmes un certains succès, mitigés cependant quand on montait dans l’échelon des cadres de l’EDF.

Nous utilisions pour ces réalisations photographiques se voulant d’une haute technicité, un matériel très spécial, mais que nous jugions parfaitement adapté à nos besoins.

L’appareil photo était un ROBOT Allemand. Cet engin avait ceci de particulier que, remonté au départ comme une horloge, grâce à un ressort mécanique, il ne nécessitait qu’une seule commande au travers du boîtier, celle du déclenchement. Ce qui est important quand on se rappelle qu’une commande était toujours source d’ennuis et d’humidité. Ce malgré les préservatifs recouvrant la dite commande, censés la rendre étanche. Sans oublier la valve de chambre à air qui nous permettait avec une pompe à vélo de gonfler le boîtier. En cas de fuite, nous étions tout d’abord prévenus, ce qui nous permettait en remontant très vite et en tenant l’appareil à bout de bras de penser qu’il n’était pas noyé ! Quand aux résultats obtenus il fallait l’audace et le sens commercial de Galerne pour distinguer quelque chose dans ce fatras de clair obscurs et de contre jours.

Évidemment me direz-vous « sans éclairage d’appoint… » Détrompez-vous, déjà à la pointe d’un certain progrès, ou ce que nous pensions l’être, nous avions de la lumière.

Dans les ateliers du siège social, une péniche en béton amarrée au pont de Bercy, nous avions monté une rampe de 4 lampes Photolita de 500 watts, Ce qui était largement suffisant si ces garces de lampes avaient accepté de fonctionner toutes ensembles.

Ces écarts de lumière étaient du au manque d’étanchéité obtenus sur la prise fixée en bout du fil apportant le courant nécessaire. Nous les enrobions de Galipo, matière aussi mystérieuse et dangereuse que le feu Grégeois auquel elle était apparentée.  Je ne me rappelle pas sa composition complète. Il y avait, entre autres, du cirage noir, de la Gutta-percha et…je ne me souviens plus le dernier composant.

Couronnant le tout, il faut savoir que nous alimentions cette rampe lumineuse à la prise de courant ménagère de 220 volts, la plus proche. Certes, vu la longueur de fil requis par la distance, il en restait un peu moins au bout. Mais suffisamment quand même pour se prendre des châtaignes dignes d’une chaise électrique texane !

Galerne nous avait affirmé que dans l’eau étant, on ne peu mieux à la masse, nous ne risquions rien, Nous nous en sommes vite rendus compte. Le pire était à venir, une fois immergé. Il arrivait quelquefois, trop souvent à notre goût, qu’une de « ces maudites loubardes » prenne l’eau et se mette à fabriquer selon le principe de l’électrolyse un mélange sérieusement détonnant. Et à 40 mètres c’était surprenant. En surface celui qui faisait la sécurité avait cette phrase lapidaire « tiens, il y en a une qui vient de sauter, pourvu qu’il n’y en ai pas d’autres, les photos seraient moins bonnes »

 

Déjà que pour la qualité comme je le disais plus haut…

Enfin, nous avons fini ce chantier en une bonne semaine

Les responsables de l’EDF étaient satisfaits, même si leurs 10 wagons de colcrete étaient partis dans le lac. Au moins ils savaient où ils étaient

Nous sommes remontés sur Paris améliorer autant que faire se peut notre matériel et comme rie ne nous arrêtais en créer d’autres.

Mon récit était peut-être un peu long mais c’est mon seul souvenir de plongée vécu en Scaphandre Commeinhes. J’en ai, par la suite, utilisé de bien d’autres types, dans des circonstances non moins pittoresques.

 

Gérard LORIDON ® Scaphandrier / Mention A / CL 3  

 

 

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Réponse(s) à cette question

GéGé... T super!!!
Pour info, lorsque tu écris un billet, tu peux si tu le souhaites cliquer sur l'icone "photo" cela te permet d'inclure directement dans le corps du billet les images de ton choix...
A trés bientot et merci de partager avec nous tes souvenirs.
Merci pour le partage de ce récit que je trouve passionnant....
Je suis admiratif et remplit d'humilité devant vous qui faites parti de ces héros qui ont ouvert la voie ou plutôt le bleu au commun des mortels que nous sommes.
Quand à la longueur de votre billet, il témoigne simplement de la richesse de son contenu.
Merci encore.

Eric

Scaphandre Commeinhes 1942 (a gauche)
photo : http://lesmala.net/plongee/museespalion.htm
Merci pour le lien

Je vais aller visiter ce musée au plus vite en famille !

Eric
Salut Eric,
Le lien c'est pour la photo. Pour le musée c'est ici : http://www.museeduscaphandre.com/
Bonnes plonges
Merci :)

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